Malgré les progrès de la médecine, le traitement de lhémochromatose génétique et en général de la plupart des surcharge en fer sont représentés par les saignées. Les chélateurs du fer connus
(DESFERAL) ne sont pas utilisables en pratique courante et les traitements oraux à
lessai représenteraient quelque soit leurs résultats une contrainte, un coût, des
risques sans rapport avec lefficacité et la sécurité des saignées. I) les mesures daccompagnement des saignées : Il est impossible de réduire
lapport de fer et il ne paraît dailleurs pas raisonnable de proposer à ces
patients, auxquels on veut assurer une vie le plus près possible de la normale, les
régimes restrictifs. Traditionnellement, on conseille de boire du thé
II) Où peut-on faire des saignées ? Qui peut faire des saignées : a) les centres de transfusions : Il est possible de faire des saignées dans les Centres de Transfusion qui ont fait une demande dautorisation de réalisation dactes thérapeutiques ce qui nest pas toujours le cas. Dans tous les cas de figure par contre, le sang ne pourra jamais être réutilisé, tout dabord parce que lAcadémie de Médecine sy oppose et ensuite parce que le don du sang doit être strictement altruiste et ne doit pas profiter au donneur (cest léthique des Etablissements Français du sang). Par ailleurs, les Etablissements Français du sang ne pourront en aucun cas prendre en charge la surveillance hépatique et devront se limiter strictement à lacte saignée. b) les médecins (généralistes,
biologistes, gastroentérologues
) : Ils ont absolument le droit de réaliser des
phlébotomies cependant ceux-ci se heurtent à un certain nombre de difficultés
matérielles. Les laboratoires ne sont pas équipés pour la surveillance des malades. Les
médecins libéraux peuvent avoir des difficultés à écouler les produits sanguins. Il
est vrai quil y a eu une amélioration depuis que les poches sont devenues
remboursables. Ceci ne règle pas le problème de la destruction des produits sanguins. d) les hôpitaux : cest bien sûr possible, soit en consultation, soit en hôpital de jour. Le problème actuel est que lacte lui même na pas de cotation. On a donc le choix entre soit le compter K10 ce qui napportera rien sur le plan du chiffre à lactivité du service, soit le compter consultation ce qui apportera un élément très valorisant dans lactivité des praticiens mais qui naura aucune retombée sur la dotation en personnel. Souvent de plus, lacte est complété par des examens de sang, et une prestation hôtelière (surveillance après la saignée, collation ). Cest pour cette raison que dans
la plupart des hôpitaux généraux (enquête faite récemment par lANGH) les
saignées sont cotées en hospitalisation de jour. On peut considérer quil
sagit dune solution provisoire en attendant une vraie cotation de cet acte
thérapeutique auquel sassocie un avis spécialisé. III) la saignée en pratique (voir larticle de C. TREGUIER sur ce point) : On utilise donc un matériel tout
préparé, clos.
Généralement, on réalise une
saignée de 400 à 500 cc (suivant le poids du patient) en une vingtaine de minutes en
position semi-allongée. Le contrôle du débit peut être assuré par un mécanisme qui
coupe automatiquement la tubulure à un certain poids. Ce mécanisme est relativement
onéreux. Le plus simple est dutiliser une balance de cuisine. Une compensation
orale « volume pour volume » est indispensable tout de suite après la saignée. Le but
des saignées est dobtenir une saturation inférieure à 50 % et le maintien
dune ferritine inférieure à 50. Généralement, le traitement dattaque est
fait dune saignée par semaine. Sa durée est bien sûr proportionnelle à
limportance de la surcharge en fer. IV) les cas particuliers : a) les saignées chez les sujets âgés : les malades dont le diagnostic a été posé aux alentours des années 80 arrivent maintenant à un âge de 75 à 80 ans. Se pose le problème de la tolérance des soustractions sanguines. Il semble que la nature soit relativement bien faite car les besoins en saignée paraissent diminuer avec lâge (modification de labsorption du fer ?). Il arrive même dans certains cas et après vérification, par prudence du tractus digestif supérieur et inférieur, que les saignées puissent être totalement arrêtées. Dans mon expérience, ceci survient environ une fois sur deux. Dans lautre cas, probablement quand le gêne a une pénétrance plus importante, les saignées doivent être maintenues car larrêt des saignées entraîne immédiatement une ré-ascension des paramètres du fer. Dans ce cas, si les saignées sont mal tolérées et en particulier au point de vue cardio-vasculaire (possibilité dinduire une insuffisance coronarienne ), il peut être nécessaire daugmenter les fréquences en diminuant les volumes. b) les saignées chez la femme : il est bien connu que chez la femme le diagnostic de lhémochromatose au stade floride se fait à un âge beaucoup plus élevé que chez les hommes du fait des différents évènements de la vie génitale qui entraînent des pertes de fer. Ainsi, il peut arriver chez la femme que le diagnostic soit posé à un âge où le traitement dentretien soit assez mal supporté. Se rapporter au chapitre précédent. Chez les femmes en période dactivité génitale, les différents paramètres gynécologiques entrent en jeu :
Il peut survenir que, chez une malade en traitement dentretien, les saignées puissent être interrompues pendant plusieurs années. c) chez certains patients traités depuis de nombreuses années, confirmés homozygotes et porteurs dune forte surcharge en fer, il peut survenir une diminution brutale du nombre des saignées. Ceci doit faire envisager lexistence dune lésion digestive hémorragique et faire réaliser une gastroscopie et une coloscopie. Ceci nous a amené à découvrir deux cancers de lestomac, des polypes glandulo-kystiques gastriques, trois cancers du colon. Il est également arrivé que chez des patients prenant régulièrement de lASPIRINE ou des anti-inflammatoires, on mette en évidence des lésions aiguës gastriques disparaissant sous OMEPRAZOLE (de même dailleurs que la carence en fer ). Ceci bien sûr ne justifie pas la mise sous ASPIRINE ou sous anti-inflammatoires des malades ayant une hémochromatose ! d) certaines difficultés matérielles peuvent se présenter au cours des saignées. Chez certains malades (heureusement rares) la réalisation des saignées est rendue difficile par lexistence dun capital veineux de mauvaise qualité. Ceci nous est arrivé deux fois nous obligeant même chez des malades fortement surchargés en fer à réaliser les saignées par le biais dune ponction fémorale. Dautres systèmes avaient été essayés comme la mise en place dune chambre implantable ou dun cathéter tunnélisé voire la réalisation dune fistule artério-veineuse. En fait, dans les deux cas, après diminution significative de la surcharge en fer, les saignées sont devenues possibles. Une autre circonstance dans laquelle les saignées sont difficiles est représentée par les sujets ayant une forte réactivité vaso-motrice avec la possibilité de malaises vagaux. Ces cas justifient que la saignée soit réalisée très lentement et en position allongée. EN CONCLUSION : Cette thérapeutique vieille comme le monde et la médecine reste le seul traitement efficace de lhémochromatose génétique. Son rôle est discuté dans le traitement des autres surcharges en fer telle lhépatosidérose dysmétabolique. Lévolution récente des connaissances sur la génétique de lhémochromatose devrait permettre de traiter des malades de plus en plus jeunes et de moins en moins malades. Une prise en charge et un coût adapté devraient découler de cette évolution. |